Soleils et Cendre

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Persistance de l'absurde

PERSISTANCE DE L'ABSURDE


Le thème du numéro 123 de Soleils et cendre appelle : PERSISTANCE DE L'ABSURDE
Voici divers lanceurs ou dispositifs pour débloquer l’imaginaire et amorcer l’écriture.

 

ABSURDE / DISSONANCE

lanceur d’écriture imaginé par S. Werner
 

Absurde est emprunté au latin absurdus qui signifie dissonant. Il est formé de ab (vers) et de surdus (inaudible). Il se rapproche de absonus (de ab et sonus, son). Tous les deux signifiant discordant.


D’un court article de journal, faire évoluer la matière par dissonance, c’est à dire décalage des sonorités, jusqu’à l’absurde.
Repérer l’écart entre les deux textes, dans la forme et le sens.
Cet écart alimente votre regard sur l’absurde, faisant matière à texte.

 

 

L'ABSURDE NAÎT DE LA PRÉSENCE COMMUNE DE L'HOMME ET DU MONDE

dispositif imaginé par H. Tramoy

Placer vous devant une scène de rue ou de campagne (ou sa reproduction picturale).

1. Décrivez cette scène très simplement et le plus fidèlement possible, sans trop entrer dans les détails. Quelques lignes à considérer comme votre avant-texte.

2. Vous allez transformer les mots et expressions de cet écrit. De fond en combles. La transformation peut affecter tous les mots du texte par déconstruction interne, inversion des lettres, des syllabes, etc. ; les énoncés peuvent être triturés pour en contourner le sens, l’inverser, le pervertir. Nous sommes bien dans un accès à l’absurde par le travail de mutation de la langue et dans la langue. Vous intervenez sur le monde et sa représentation. Vous obtenez des mots et fragments qui seront utilisés en phase 3.

3. À partir de ces fragments, structurez un tout nouveau texte par composition, juxtaposition, adjonction, retournement, réorganisation…
Vous obtenez ainsi votre texte final (ou provisoire).

Mais on peut aussi désirer aller plus loin…

4. … par une réécriture terminale au moyen de règles et contraintes de votre choix construites à partir des citations en annexe.

(Exemple d'une telle contrainte, appuyée sur la 3è citation : je réécris mon texte sous forme d'un dialogue entre l'homme et le monde)

Annexe (les citations en gras sont d’Albert Camus) :

« Un jour vient [...] et l'homme constate ou dit qu'il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. [...] Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s'y refuser. Cette révolte de la chair, c'est l'absurde ».

En fait, ce n'est pas le monde qui est absurde mais la confrontation de son caractère irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme. Ainsi l'absurde n'est ni dans l'homme ni dans le monde, mais dans leur présence commune. Il naît de leur antinomie : « Il est  pour le moment leur seul lien. Il les scelle l'un à l'autre comme la haine seule peut river les êtres... L'irrationnel, la nostalgie humaine et l'absurde qui surgit de leur tête-à-tête, voilà les trois personnages du drame qui doit nécessairement finir avec toute la logique dont une existence est capable ».

« Je tire de l'absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté, ma passion. Par le seul jeu de ma conscience, je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort - et je refuse le suicide ». Ainsi se définit l'attitude de l'homme absurde.

 

DOT ENRHUMÉE D'UN THÉORÈME

dispositif imaginé par H. Tramoy

 

Ce dispositif a déjà été proposé pour le numéro consacré à l'anagramme. Mais à le relire, le texte anagrammatique de lui-même, dans l'illimité de ses possibles, n'invite-t-il pas à une métaphore de  la mise en gouvernance du monde actuel, dans son absurdité ? Si, dans sa matérialité, tout texte anagrammatique de lui-même peut se décliner en une infinité de sens, l'univocité communément affirmée du sens d'un texte ne peut-elle être considérée comme un parangon de l'absurde ? Comme une vanité ? Isn't it ?

 

Le texte anagrammatique de lui-même : pirouette, paraphrase de Mallarmé

Imaginons un texte virtuel A. Imaginons son anagramme virtuelle A'. Imaginons un texte B qui soit l'exacte anagramme de la somme des textes A et A' : ce texte comportera un nombre de lettres égal à la somme des nombres de lettres des textes A et A' ; le texte B comportera donc un nombre pair de chacune des lettres différentes qui y seront présentes.

Si un texte est composé d'un nombre pair de chacune de ses lettres différentes, alors, il constitue la somme anagrammatique de deux textes virtuels dont chacun est l'exacte anagramme de l'autre.

Un texte anagrammatique de lui-même est un texte dont le nombre de chacune des lettres différentes qui le composent est pair.

En utilisant la définition ci-dessus, composer un texte anagrammatique de lui-même.

À partir du texte qui vient d'être composé (de type B), retrouver deux textes souches, anagrammatiques l'un de l'autre (de type A et A').

Si un nombre n d'opérateurs se livrent à la même opération sur le même texte, nous obtiendrons alors un nombre de textes de type A et A' égal à 2n.

Où l'on voit qu'un texte anagrammatique de lui-même contient potentiellement une infinité de textes souches, donnant de ce texte une infinité de variantes.

Ne serait-ce pas la même chose pour le monde ? N'y aurait-il pas une infinité de manière d'en administrer chacune des contrées, des recoins, des étendues ? Et alors, la croyance dans la toute-puissance univoque du capitalisme et de ses avatars pour administrer le monde ne serait-elle pas qu'une imposture ?