Soleils et Cendre

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Le texte collectif (Nos fondamentaux)

Texte collectif publié dans le n° 34 de S&C

Rappel de quelques-uns

 

EMBARCADÈRE

POUR UNE THÉORIE À VENIR

DU TEXTE COLLECTIF

 

     Ce qui se trace là, ce qui se trame (dialogue ouvert, lecteur, entre nous entre soi) ce qui se trame a-t-il un sens ?

     Je, reste-t-il en état d'écrire avec tu. Momentanément, le nous se fait complice. Mais blesse, autant que mille yeux dans la tête. Vite, battre le rappel !

     Il n'y a plus de tamanoir, sur les rites pluvieux.

     Qu'un nôtre texte à croire.

     La peau de nos tambours bat contre l'effarement.

 

     Au moment du rappel, n'est-t-il pas temps ? Temps de réactiver (le mot est faible). De redonner corps cordes et liens à ces quelques paris qui animèrent la création de la revue. Au texte qui s'écrie ensemble à prétention de sens. Sens que nous investissions, sens que nous investiguions, il y a mille et un soleils et autre cendre. Que vous réinventiez de votre œil acéré.

     Urgence redonner corps cordes et liens à ces quelques paris !

     Replonger au cœur de ce qui nous fonda.

     Comme si quelque chose avait été abandonné ou s'était alangui.

 

     Le premier pari : n'est-ce pas ce regard lucide — alors que la revue entame révolution — le plus lucide possible à défaut d'objectif, sur cette "peau des mots" que nous voulions (que nous voulons) "arracher afin d'en faire des actes" (S&C N°1) ?

     Et ce n'est oublier ni les précurseurs, ni ceux qui sont morts, ni ceux qui dérangent, ni père ni mère ni événements grands ou petits qui font ou ne font pas l'histoire. Car tu marches toujours avec quelqu'un dans ta tête…

     Ne cesse-t-on de déambuler funambules somnambules entre le risque de l'identité et la facilité de l'identification ? Pourtant il faut bien un jour accoucher de l'autre en soi, pour que l'agir naisse.

 

     Moi isolé totem référentiel, accepte ma citation permanente à comparaître au procès d'énonciation et de distanciation ? Au procès fondateur d'un équilibre précaire de l'un mor

     celé, de l'un revendiqué.

     J'accepte cette dualité, cette pluralité, cette unicité fragmentée.

     C'est elle qui féconde l'aventure du texte collectif (vous entendez, camarades !), cette aventure qui ne peut se réduire à une somme d'actes singuliers : mais qui constitue la rencontre qui noue l'acte collectif dont le sens fonde le pari de la revue comme il fonde le sens de la vie et du combat de chaque jour.

 

     Il y a travail du texte, il y a travail du je. La transformation du texte est ma propre transformation. Ma langue m'autorise. Je me risque dans la matière signifiante, à l'intérieur du cortex d'angoise originelle, derrière le masque des ressemblances, répétant

     SUR MA PROPRE SCÈNE

     la transformation du monde.

 

     Alors, battre en retraite ? Taire les émois ?

     Faire de vos mots les maîtres de mes silences ?

 

     Nous devons en permanence délacer la cicatrice des mots. Reconnaître en soi l'inconnu.

 

     Ce texte collectif, cet acte conduit en commun et en conscience / inconscience, constitue le ferment, l'obligation à franchir l'orée de soi, à regarder par-dessus ses propres murailles.

     Cet acte collectif restaure chacun, unique anecdotique, dans son pouvoir insurrectionnel.


     Alors que les meutes arrachent par lambeaux ce qui fait l'homme en l'homme, il n'y a pas trop des mots de chacun à métisser ensemble pour faire trembler les maîtres.

     Il faut encore, lecteur, tes mots d'émeutes.


Collectif S&C