Soleils & Cendre
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 SOLEILS & CENDRE
revue d'écriture

créée en 1986
121 numéros parus

Comité de rédaction :
Yves Béal
Chantal Bélézy
Marie-Pierre Canard
Isabelle Ducastaing
Claude Niarfeix
Henri Tramoy
Sylviane Werner


99 Bd des Mians
F-84260 Sarrians

mél : solicend@orange.fr
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Ateliers d'écriture - Allée au désert
ATELIER "ALLÉE AU DÉSERT"

Cet atelier, dont l'exploration a eu lieu en comité de rédaction le 6 octobre 2008, a été conçu par S. Werner et M-P. Canard qui l'ont animé pour la première fois lors des rencontres d'Echirolles (à l'invitation du secteur national Poésie-écriture du Gfen et de la Maison des écrits), le 1er novembre 2008.
A cette occasion, des textes ont été fournis pour le numéro 88 de la revue Soleils & cendre, sur le thème "Allée au désert".

L'atelier a été conçu pour un groupe de 15 à 20 personnes.

EXPLORATION DU THÈME

"Allée" ? Le résultat de l'acte d'aller, comme la venue est l'acte de venir.
Ou bien "allée" : le chemin qui nous y conduit tout droit ; large et chaussé.
Ou bien encore "Elle" (pourquoi pas l'Humanité), "allée" déjà, (elle est allée, après élision de l'auxiliaire) et qui donc est en mesure d'en revenir (ou pas), avec quoi d'appris ? de construit ? de prêt à autre chose ? tout de suite ou dans longtemps.
"Au désert" ? Là où l'on croit qu'il n'y a rien, que rien ne croît, ou ne croit plus. Là où se ressourcer. Là où s'abîmer. Là où disparaître. Où être décimé.
Désert : vide de la parole, champ premier du monde, tohu-bohu, lieu de l'instant mystique (pour ceux que cette idée concerne).
Désert : où quitter le connu, le reconnu ; où s'abstraire du langage ; se découvrir nu ; aller au bout de toutes les questions ; où fuir ; où fuir vers ; faire l'expérience du rien.
Désert : insu du monde ; issue du monde. Monde hâlé. Dunes.
Allée au désert se veut une métaphore profane, dans l'écriture, en référence culturelle au mythe chrétien.


L'ATELIER

Desert.jpg
L'atelier sera vécu en trois moments :
- celui pendant lequel on perçoit ce qui nous rattache au monde.
- celui qui traduit l'allée au désert.
- celui qui sera témoin de notre métamorphose.



Première phase : le brouhaha du monde
Les participants sont répartis en groupes de 4.
Chaque groupe dispose de documents en petit nombre :
- extraits de textes (les textes sont différents d'un groupe à l'autre, mais certains sont communs ou extraits d'un même ouvrage : Le Petit Prince (Saint-Exupéry) ; La Vie de Jésus (Ernest Renan) ; L'Histoire de Jésus Christ (Père Bruckberger) ; Le Désert des Tartares (Dino Buzzati) ; Contes des Sages du désert (Paul André) ; Dictionnaire des symboles ; etc.
- documents recueillis sur la toile décrivant les grands déserts du globe ;
- photographies de paysages de déserts
- reproductions de tableaux qui peuvent évoquer le désert.

Temps très bref de découverte de ces documents.

1. Prises de notes personnelles (temps bref).
2. De ces notes, les participants sont invités à extraire 3 mots clés, à travailler sur le pôle “idéel” (à quoi ils nous font penser, associations d'idées, réactions) puis sur le pôle matériel (mots décortiqués, transformés, scrabble, associations sonores).

3. A partir de ce matériau, on travaille à l’écriture de 3 fragments (textes courts), individuellement.
(ce serait l’équivalent du temps de présence au monde, de profusion des informations, de travail sur ce monde, notre lien au monde)

4. Parmi ces fragments, on va en choisir un. Qu'on va garder pour soi (métaphore de notre monde privé, personnel, intérieur). Peut-être celui qui nous est le plus étrange, nous interroge, nous étonne, etc...

5. Il nous reste 2 fragments que nous allons faire partager.
C'est ici un temps de socialisation, à traiter dans l’oralisation, la déclamation.
"Nous sommes encore dans le monde, un temps apparenté à l’effervescence, au bruit, aux turbulences, au tohu-bohu  — dans son sens second — du monde des idées et des autres, tels qu’on les perçoit, tels qu’ils nous arrivent ; créant notre étonnement, nos adhésions, nos mouvements de rejet, nos interrogations, nos révoltes."

Tout en circulant, chacun devra donner ses deux fragments, à 2 personnes différentes, chacune étant ainsi dépositaire de fragments qui ne sont pas les siens, afin de stimuler la lecture.
Consigne implicite : lecture à voix haute, dynamique, pour créer du bruit, des idées qui se mélangent, etc... que les animatrices vont favoriser et/ou réguler en invitant chacun à dire des extraits (ou la totalité) des fragments reçus.

(ce dispositif a pour objet de créer chez les participants un certain état d’esprit, qui justifie  le désir, ou non — c’est-à dire qu’on y soit poussé ou qu’on y pense —  d’ALLÉE AU DÉSERT)

Tout extrait lu peut être déposé sur une table au fur et à mesure, ce qui permettra la reprise par un autre ou une appropriation visuelle ou la redite d’une phrase entendue, d’un mot fort.

Musique quand la lecture s'épuise (nous avons choisi un extrait de la bande originale du film "L'éternité et un jour" d'Angelopoulos).
Le deuxième temps s'amorce : l'allée au désert.

Dunes.jpg






Deuxième phase : au bout du chemin, le désert.

(on le matérialise par des tables individuelles orientées vers le mur ; là encore métaphore : comme la cellule du moine représente l'isolement au désert)

Tout au long des étapes 6 et 7, la musique continue.

6. Nous partons au désert. Nous y allons seuls, parfaitement silencieux, sans autre équipement que notre crayon.
"Nous y allons donc, sans rien, on laisse tout pour entamer cette “allée”. On se coupe du monde, on le quitte, on rompt."
Prendre le temps de le dire, ne pas hésiter à laisser du temps.
On distribue alors sur les tables des morceaux de papier déchiré.

"Nous sommes seuls, mais encore porteurs d’échos, de contradictions, de frustrations, d’images, qui persistent."
Laisser un temps.


On inscrit (sur les petits papiers donnés à cet effet), ces mots, ces pensées, ces phrases entendues, retenues, écrites, qui persistent en mémoire. Ce qui en reste. Laisser un temps.

7. Le désert est habité
L'animatrice stimule l'imaginaire par la parole.

"Voilà (un temps). On a fait le vide en soi (un temps). On est dans le désert, on a fait le vide. On s'est rendu disponible pour autre chose d'essentiel.
"Mais
le désert n'est pas le vide, il recèle des objets, des êtres, des minéraux…
"Vous visualisez, imaginez un "objet" rencontré par hasard, vous le laissez s’imprégner en vous. Il est palpable, chaud, froid, il a des aspérités ? Il est lisse, clair, épineux ?" . Laisser du temps.


"Cet objet est là, sous la table (on y a au préalable collé une bandelette de papier sur laquelle est inscrite une citation*). C'est un objet-phrase, celui qui va maintenant prendre place, occuper ce nouvel espace en vous."
Laisser du temps pour la découverte de la citation.
Ici, la musique s'arrête.

Les indications du travail de l'écriture de étapes 8 et 9 se feront par écrit (Nous avons en effet constaté que les interventions orales provoquaient une gêne).

8. On va s'approprier cette phrase, matériellement d’abord, comme un objet. En y choisissant 3 mots forts, à travailler sur le pôle matériel.


9. A partir de ce qui nous est resté de mots (notés dans le temps 6 plus haut), de fragments importants à nos yeux (ce qui persiste), à partir des échos de la citation découverte, des mots surgis du travail matériel, on produit un texte (un texte aride, sec).

Nous faisons le choix de retour du désert, revivifié, autre, ce qui nous met en relation à nouveau avec les autres, différents, réceptifs.

Pas_de_dunes.jpg

Troisième phase : témoin de notre métamorphose

10. Les textes produits sont exposés sur les tables. A côté de chaque texte, une feuille vierge, partagée en trois espaces.
Chaque participant doit produire trois interventions écrites, sur trois textes différents de son choix, en échos positifs, poétiques (chaque texte reçoit 3 échos).

11. Où l'on retrouve un fragment enfoui…
On sort de sa poche le fragment privé conservé à l'étape 3 : "Il est toujours en vous mais déjà transformé".
On produit, à partir de ce fragment, à la manière de l'anagramme **, des mots, expressions, qui en constituent le "matériau" transformé.

12. Dernier texte, provisoire
Pour cela, nous disposons de :
- le texte rapporté du désert
- les trois interventions du groupe (à interpréter à sa guise)
- le matériau obtenu à l'étape 11
On le travaille "au plus près de ce qui vous tient à cœur".

13. Ce dernier texte est disponible pour toute réécriture, personnelle ou selon une contrainte en continuité avec l'atelier.
Propositions de réécriture :
- saturer le texte de mots en O , comme l’eau de la source,
- le saturer d'R, ou de vent
- le saturer d'S (est-ce), ou celui du serpent
etc.

14. Socialisation. Lecture du texte d’un autre, reçu au hasard, dans le but de le faire aimer.
15. Analyse de l’atelier.

* Il est facile de trouver des citations en rapport avec le thème en consultant des sites internet.
** Anagramme : mot formé de lettres d'un autre mot disposées dans un ordre différent (ici, c'est d'une phrase ou d'un fragment entier qu'on réalise l'anagramme).


VARIANTE DE L'ATELIER

A l'issue de sa participation à l'atelier d'Echirolles, Michel Ducom a créé une nouvelle version de "Allée au désert" qu'il a animée à Bordeaux en novembre 2008.

Il se développe en  4 étapes, 4 écritures consécutives, toutes sur le même A4 plié en deux (donc un carnet de 4 pages au final).
On écrit chaque fois sur une seule page. Contrainte de place, du cadre et du temps. Mise en scène d’un processus d’écriture dynamique, en construction. Chaque phase d’écriture dure 15 mn.
Idée complémentaire : limiter au minimum les contacts entre participants pendant les premières phases (aller au désert ...) ; limiter les déplacements (les lectures se font sur place). le but est d’aller vers plus d'intériorité.
 
1) Collecte de mots, dispersés au hasard sur toute la surface d'une feuille A4. Mots sont pris au vol d'une lecture faite par l'animateur (Dictionnaire des symboles, textes se rapportant audésert,…). Puis la liste est complétée par des mots choisis (article de Wikipédia, photos).
1ere écriture sur page 1 : écrire autour d'un objet que l'on a trouvé en allant au désert.
Au choix, lecture de son propre texte ou lecture par son voisin.
 
2) Enrichir sa collecte de mots inducteurs sur même feuille (textes tirés de Wikipédia à propos d’un désert particulier : chacun choisit parmi 7 ou 8 propositions.
Écrire son désert et une autre rencontre (page 2)
Chacun lit son texte.
 
3) Toujours sur la feuille initiale, enrichir sa collecte à partir d'une nouvelle lecture de l'animateur (citations). Les mots affluent de plus en plus vite.
Choisir 3 mots qui seront travaillés à tour de rôle
1er mot : fabriquer de nouveaux mots à partir de toutes les lettres
2e mot : laisser venir d’autres mots à partir des sonorités
3e mot : le couper en syllabes et fabriquer le plus de mots possibles
Écrire un 3e texte avec le tout (page 3)
Chacun lit son texte
 
4) Vous revenez du désert.
Les gens vous écoutent ou pas. Ecrire un dernier texte sur la page 4.
Chacun lit son texte et pendant la lecture, les autres sur des petits morceaux de papiers, envoient une phrase, un prolongement issu de l’écoute du texte. Les petits mots resteront secrets et à disposition de celui qui a reçu, outil pour une nouvelle réécriture.


Date de création : 08/11/2008 - 23:18
Dernière modification : 10/11/2013 - 23:05
Catégorie : Ateliers d'écriture
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