Soleils & Cendre
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Textes en débat - Subversion insurrection
SUBVERSION INSURRECTION

par Claude Niarfeix


"La poésie doit être faite par tous, non par Un" ; “ La poésie sera faite par tous, non par un ”; j'avoue honteusement pour quelqu'un qui, avec d'autres, fut à l'origine de Soleils & Cendre et qui participa à la popularisation de cette phrase au point qu'elle a pu parfois devenir emblématique de la revue aux yeux de nos lecteurs, j'avoue - SANS HONTE, donc ! - ne plus trop savoir au moment où j'écris ces mots, quelle était la formulation exacte d'Isidore Ducasse. Je dirais même plus : peu importe, peu m'importe !


Peu m'importe, à vrai dire, ce que ce cher homme a voulu dire précisément : je ne suis point exégète.
Peu m'importe également la pertinence de cette citation qu'on pourrait s'ingénier à resituer dans son contexte historique... je préfère y traquer l'intemporalité, y tracer mon propre chemin, là et aujourd'hui.
Peu  m'importe  enfin,  une  digression  d'ordre psychanalytique sur la personnalité profonde de Lautréamont que cette proclamation sous-tendrait ! Cette phrase, cône de résonances contradictoires, je la fais mienne, je me l'approprie pour y injecter mes propres attentes, mes propres interprétations ! Mes propres interpellations sur la poésie.

Et j'entends être provocateur jusqu'au bout : alors, poésie ce mot-là, je le vire avec perte et fracas, je lui signifie son congé sans solde, tant il cadenasse la phrase, tant il l'englue dans le XIXème siècle poéteux, tant il fait référence à une forme d'écriture normée, normativée, souvent en rupture, c'est vrai, si l'on se replace dans le contexte de l'époque, mais estampillé maintenant référence ultime au beau, à tout jamais indépassable (et mortifère aussi), tant il sert, ce mot, de prétexte facile à rejeter tous les "déviants" potentiels dans le camp des "cliniciens expérimentateurs" de l'écriture poétique.
Et bien moi avec ceux-là, j'ose dire que la langue n'accouche que quand elle est en travail et qu'il faut s'acharner à remettre violemment en cause le dogme infaillible de l'inspiration divine, comme une grâce accordée à un petit nombre et toi, tais-toi, tu n'es pas l'oint du seigneur !

Alors je lis, je décrypte et je dis : ECRITURE, en lieu et place de poésie, ECRITURE - CE CRI DE LA VIE QUI S'AVENTURE, QUI RATURE LES RITES, QUI TORTURE L'IRE ET TRITURE LE RIRE, QUI TONITRUE LE RUT DES MOTS.

ECRITURE, comme combat au corps à corps, non pour dire ou reproduire le monde, mais pour le reconstruire dans un incessant va et vient entre l'anticipation - nommée - de ce que je ne comprends pas et l'enrichissement insoupçonné que cette anticipation - une fois nommée - confère à l'idée en mouvement dans ma tête : la langue dans sa dimension d'élément fondateur de la pensée.
Alors là, oui, l'écriture, c'est l'homme debout et nul ne saurait décemment vouloir un parterre d'admirateurs, dévots transis, assis, couchés ou à genoux et cela, même et surtout si ces "groupies" du poète atteignent au nirvana de l'adoration !
Et pourtant au bout de cette diatribe, je me revendique poète : le mot ne pue pas du bec ; je le reprends d'une main et dans l'autre main, j'ai un autre mot, dégoupillé !

Pour le reste de l'aphorisme, je n'y entends point, parce que je m'y refuse, l'idée d'une quelconque obligation à écrire, à obéir aveuglément ; point d'injonction comminatoire, point de citation à comparaître - et devant quel tribunal de censeurs, d'ailleurs ? J'y vois, simplement et puissamment, l'affirmation d'une urgence pour chacun à exister aussi en ce champ jubilatoire, en cet accélérateur d'humanitude qu'est l'écriture.

Il est urgent, j'insiste, que chacun écrive, s'inscrive au monde et que l'on se construise mutuellement les moyens de cette ambition, avant que des cénacles castrateurs, une fois de plus, codifient, accordant tantôt leur bénédiction, tantôt leur absolution, bien plus souvent encore leur excommunication, confisquant alors de fait l'écriture, laissant insidieusement filtrer l'idée qu'il conviendrait de passer par une série d'épreuves initiatiques avant de postuler au statut d"'illuminé" de l'écriture (pourquoi pas d’"irradié" de l'écriture, tant qu'on y est !).
Finissons-en une bonne fois pour toutes, avec cette vieille lune de l'écriture, pratique magique, réservée à des chamans, le plus souvent autodésignés, mystificateurs débilitants parce que gardiens rabougris et racornis de la loi.

Il est nombre de mes amis proches qui font inlassablement la preuve, dans des situations d'apprentissage diverses, qu'il peut devenir néfaste et dangereux de s'arroger le droit de penser systématiquement à la place de l'autre, y compris quand l'autre semble réclamer cette démarche et j'en viens à penser qu'il va devenir très vite et néfaste et dangereux aussi de m'autoriser à écrire inlassablement à la place de l'autre, Surtout quand l'autre se laisse subjuguer et assure se retrouver totalement dans les mots qu'il lit ...
Qu'il me soit toutefois permis de dire que j'aime lire l'autre, qu'il m'arrive de m'y abandonner en toute impudeur revendiquée et qu'il ne s'agit nullement ici d'une quelconque célébration du narcissisme triomphant ...

A propos, et même si c'est hors de propos, mon propos n'est point à travers l'écriture - la poésie, Si vous voulez - d'enjoliver la vie mais de vivre!
Debout les morts!

JE SUBVERTIS SI JE M'INSURGE.

Claude Niarfeix
publié dans le n°15 de Soleils & Cendre (1991)

Date de création : 12/06/2007 - 23:24
Dernière modification : 22/04/2009 - 23:19
Catégorie : Textes en débat
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